Adapter un Rubik's Cube quand on n'y voit pas : la méthode des points
Pourquoi cet article
Dans l’épisode 46 du podcast, je vous ai expliqué pourquoi le Rubik’s Cube est un excellent outil quand on ne voit pas — la dextérité fine, et surtout la visualisation mentale, qui se généralise ensuite à plein d’autres domaines. Mais je vous avais dit que je ne détaillerais pas le marquage à l’antenne, pour ne pas surcharger l’épisode, et que j’en parlerais ici.
Voilà. Avec un peu de retard, mais voilà.
Cet article ne traite que de l’adaptation physique du cube. Pour la résolution proprement dite, la notation et les formules, c’est dans l’autre article.
Le cube qu’il faut acheter
Premier conseil, et il change tout : achetez un modèle « stickerless », c’est-à-dire sans étiquettes.
Sur beaucoup de cubes bon marché, les couleurs sont des autocollants posés sur du plastique noir. Quand vous venez coller votre propre étiquette en relief par-dessus, l’adhérence est mauvaise et ça finit par sauter. Sur un cube stickerless, le plastique est teinté dans la masse : vous collez directement dessus, et si ça n’accroche pas assez, un petit coup de papier de verre ou de lime et c’est réglé.
Côté budget, on trouve des 3x3 entre 3 et 10 euros. C’est tout ce qu’il vous faut.
Et je vous le dis tout de suite, parce que la question revient : il existe un Rubik’s Cube braille dans le commerce, avec les abréviations des couleurs en anglais, WHI, BLU, YEL et compagnie. Je l’ai eu. La démarche est belle, mais le cube tourne mal, ça accroche énormément, on a l’impression d’avoir un cube à 3 euros alors qu’il en a coûté cinquante. Pour quelqu’un qui aime chercher de la vitesse, c’est inutilisable. Adapter un cube correct soi-même revient cinq fois moins cher et tourne infiniment mieux.
Le système : un point par face, comme sur un dé
Voici le marquage que j’utilise, et que je n’ai jamais changé depuis :
- blanc : 1 point
- bleu : 2 points
- orange : 3 points
- rouge : 4 points
- vert : 5 points
- jaune : 6 points
Une précision pour les personnes qui voient et qui liraient cet article : ce n’est pas du braille. Ça y ressemble, parce que les points occupent la place d’une cellule braille, mais je n’utilise pas le code braille. Seul le nombre de points compte. C’est du relief, rien d’autre. N’importe qui peut donc l’utiliser, y compris sans connaître le braille.
Pourquoi ces nombres-là, et pas d’autres
Ce n’est pas arbitraire, et c’est justement ce qui fait que ça se retient tout seul.
Sur un Rubik’s Cube, les couleurs ne sont pas placées au hasard. Les faces opposées vont par paires : le blanc face au jaune, le bleu face au vert, l’orange face au rouge. Et il y a une logique de couleur derrière : ajoutez du jaune au blanc, vous obtenez du jaune ; ajoutez du jaune au bleu, vous obtenez du vert ; ajoutez du jaune au rouge, vous obtenez de l’orange.
Or, sur un dé à six faces, les faces opposées ont toujours une somme de 7. Le 1 est en face du 6, le 2 en face du 5, le 3 en face du 4. C’est vrai sur tous les dés, vous pouvez vérifier.
Je fais du jeu de rôle, je manipule des dés en permanence, et je me suis dit : si les faces opposées ont une logique sur mon cube et sur mon dé, autant faire coïncider les deux. Blanc 1 et jaune 6, bleu 2 et vert 5, orange 3 et rouge 4. Somme de 7 à chaque paire, exactement comme un dé.
Restait à décider quelle couleur prenait quel chiffre à l’intérieur de chaque paire, et là j’ai pris des moyens mnémotechniques :
- Le blanc prend 1 parce que le blanc, c’est « rien ». J’ai même hésité à ne rien mettre du tout, avant de me dire que si je calquais un dé, autant mettre un point.
- Le bleu prend 2 parce que bleu commence par B, deuxième lettre de l’alphabet. Donc le vert prend 5, automatiquement.
- Le rouge prend 4 à cause des R4, ces cartes qu’on mettait dans les Nintendo DS à l’époque. R4, red, rouge, 4. Donc l’orange prend 3.
Aujourd’hui je n’y pense même plus, c’est devenu automatique. Mais au début, ces trois petits trucs suffisent à ne jamais se tromper.
Le matériel
J’ai commencé avec une pince DIMO, celle qui grave des lettres en relief sur un ruban adhésif. Ça marche, et j’en parle dans l’épisode sur l’étiquetage. Mais j’ai fini par l’abandonner pour une raison précise : le ruban est stocké enroulé, donc il garde sa forme arrondie. Si l’étiquette est courte — et sur une facette de Rubik’s Cube, elle est forcément courte — il n’y a pas assez de surface collante pour compenser, l’arrondi revient, et l’étiquette saute. J’en ai perdu un paquet.
Aujourd’hui j’utilise :
- une plaquette à cuvette et un poinçon, le matériel classique pour écrire le braille à la main ;
- des plaques auto-adhésives, qu’on trouve à l’AVH. Ce sont des feuilles sur lesquelles on poinçonne, et qui se collent ensuite sur n’importe quel support ;
- une petite paire de ciseaux.
C’est tout. Et le consommable dure très longtemps : une plaque fait beaucoup de cubes.
Le pas à pas
La méthode est simple, c’est la patience qui fait le travail.
- Poinçonnez sur la plaque auto-adhésive le nombre de points voulu, une facette à la fois.
- Découpez au ciseau, au format de la facette.
- Collez sur la facette correspondante du cube.
- Recommencez.
Sur un 3x3, ça fait 9 facettes par face et 6 faces, donc 54 facettes. Comptez entre cinquante minutes et une heure pour adapter un cube entier. C’est un vrai petit atelier manuel, et honnêtement c’est agréable à faire.
Un détail qui a son importance si vous jouez avec des personnes voyantes : les étiquettes auto-adhésives sont transparentes. La couleur d’origine reste donc visible sous le relief. Votre cube reste utilisable par tout le monde, et il ne ressemble pas à un objet spécialisé.
Au-delà du 6x6, changez de méthode
J’ai adapté moi-même mon 3x3, mon 4x4, mon 5x5 et mon 6x6. À partir du 6, ça commence à coincer : mon marquage occupe la taille d’une cellule braille, et plus le cube grandit, plus les facettes rétrécissent. À un moment, les points ne rentrent plus.
Pour les gros cubes, il faut abandonner les points et passer aux textures et aux formes. Mon amie Anne-Laure m’a adapté un 7x7 comme ça, avec de la pâte à relief, des antidérapants autocollants découpés, du tissu autocollant découpé, un trait en diagonale sur une face, une face laissée entièrement lisse, une autre avec un seul point. Chaque face a sa sensation propre, et on ne compte plus, on reconnaît.
C’est un autre travail, plus long, mais c’est la seule façon de tenir sur les grands formats.
Et un mot au passage : commencez par un 3x3. Les cubes pairs — 2x2, 4x4, 6x6 — ont une règle de parité à gérer que les cubes impairs n’ont pas. Le 2x2 est donc plus difficile que le 3x3, contrairement à ce qu’on croit en voyant sa taille.
Et ensuite ?
Une fois le cube marqué, il vous faut la notation et les formules. La notation est internationale et se fait en anglais : U pour up, la face du dessus, D pour down, celle du dessous, F pour front, devant, B pour back, derrière, L pour left, à gauche, et R pour right, à droite.
Heureusement qu’elle est en anglais, d’ailleurs. En français, droite, devant, derrière, dessus et dessous commencent tous par un D. On aurait été bien avancés.
Tout ça est détaillé dans l’article sur la résolution.
Et si vous cherchez à apprendre par vous-même, je vous recommande FrancoCube, un site français consacré au Rubik’s Cube. Il y a beaucoup d’animations en 3D, forcément inutiles pour nous, mais chaque formule est aussi écrite en dessous. C’est exactement ce qui manque aux vidéos YouTube, où l’on vous montre sans jamais vous dire. C’est comme ça que j’ai appris.
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