Accessible n'est pas utilisable : ma position sur l'accessibilité numérique, quitte à déplaire
Ce que dit le RGAA, pourquoi il ne concerne pas que les aveugles, et pourquoi je refuse de n’utiliser que des sites parfaitement conformes
Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je vous propose une introduction à l’accessibilité numérique : ce que c’est, à quoi ça sert, et à qui.
En France, la référence s’appelle le RGAA, le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité, lui-même adossé à la norme européenne. Quand on entend qu’un site « n’est pas accessible », cela signifie très précisément qu’il ne respecte pas ce référentiel.
Concrètement, ce que ça change pour moi : quand un site est réellement accessible, dans la très grande majorité des cas je n’ai aucune difficulté à y naviguer, y compris la première fois, quand tout est à découvrir. Mon lecteur d’écran retrouve l’information et me la restitue correctement.
Mais l’accessibilité numérique ne concerne pas que les personnes déficientes visuelles — et même parmi nous, nous n’y cherchons pas la même chose. Les critères de couleurs et de contrastes sont essentiels pour une personne malvoyante, et totalement indifférents pour une personne aveugle. Je donne aussi un exemple qui parle pour d’autres handicaps, notamment pour celles et ceux qui pilotent leur ordinateur à la voix. Imaginez une page comportant trois champs de saisie situés à des endroits différents, tous intitulés « Rechercher », chacun suivi d’un bouton « OK ». Demandez à votre ordinateur de se placer dans le champ « Rechercher » : il est incapable de savoir lequel. Et je précise que oui, j’ai déjà vu trois champs de recherche sur une même page.
Et puis j’assume une position qui ne plaira pas à tout le monde, y compris à certaines associations. Je préfère parler de sites utilisables plutôt que de sites accessibles. D’abord parce que juger de la conformité au référentiel est un métier, qui demande une formation. Mais surtout parce que si je décidais de n’utiliser que des sites parfaitement conformes, je pourrais renoncer à vivre : ils sont rares — et je ne vous donnerai même pas la proportion de sites gouvernementaux non conformes, alors que ce sont eux qui édictent les règles.
Ma comparaison est la suivante. Il existe des normes pour construire un escalier, y compris les bandes d’éveil à la vigilance qui nous préviennent du danger en haut des marches. Pourtant, je n’ai jamais renoncé à emprunter un escalier au motif qu’il lui manquait sa bande podotactile. Un site non conforme n’est pas forcément inutilisable. Et inversement — c’est l’autre moitié de ma position — un site conforme n’est pas automatiquement facile : encore faut-il savoir se servir de ses propres outils.
Cet épisode est une introduction. Dans d’autres, je reviendrai plus en détail sur les critères eux-mêmes, et j’aimerais aussi aller voir ce qui se fait chez nos voisins européens.
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Durée : 00:07:35 • Taille : 17.4 Mo
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