Le lecteur d'écran : 70 heures pour apprendre à s'en servir, et personne ne le dit
Comment il fonctionne, pourquoi il faut apprendre ce qu’est un bouton, un lien ou un en-tête, et quelle béquille utiliser en attendant
Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je vous présente l’outil sans lequel je ne ferais rien : le lecteur d’écran. J’en ai un dans mon téléphone, un sur mon ordinateur, un sur ma télévision — un peu partout.
Son principe, en simplifiant : il analyse ce qui est affiché et me restitue l’information, soit par une synthèse vocale, soit sur un afficheur braille. Il travaille avec un curseur — sur les appareils Apple, on parle du curseur de VoiceOver, ce lecteur d’écran présent aussi bien sur l’iPhone que sur le Mac, l’iPad, l’Apple TV ou l’Apple Watch. C’est ce qui me permet de téléphoner, d’écrire un message, et surtout de me relire.
Est-ce facile à apprendre ? Oui et non, et je préfère être honnête.
Oui, pour les fonctions de base. Téléphoner, envoyer un message : ce n’est pas compliqué, même si cela peut demander du temps.
Non, dès qu’on va sur internet ou qu’on veut faire un peu plus. Parce qu’il faut alors comprendre ce que le lecteur d’écran nous dit vraiment — et distinguer deux choses qu’il énonce ensemble : le texte qu’il lit, et la nature de l’élément sur lequel il se trouve. Un bouton, un lien, un en-tête. Cette information n’est écrite nulle part sur la page : une personne qui voit ne fait aucune différence entre les trois, elle les reconnaît d’un coup d’œil sans y penser. Nous, il faut apprendre de quoi une page web est composée. C’est indispensable, et c’est long.
Voici le chiffre, et il mérite d’être connu : pour utiliser un iPhone avec VoiceOver, en partant d’une personne qui savait déjà se servir d’un iPhone avant de perdre la vue, on estime la formation à au moins soixante-dix heures. À une séance d’une heure par semaine, cela fait près d’un an et demi. Et à cela s’ajoute l’apprentissage de véritables stratégies de déplacement dans l’écran, puisque nous ne cliquons pas là où c’est affiché : il faut d’abord trouver où c’est affiché.
Alors si vous venez de perdre la vue et que tout cela vous paraît insurmontable, sachez qu’il existe des solutions intermédiaires. Des téléphones spécialisés, avec un vrai clavier physique et une navigation beaucoup plus simple, qui parlent eux aussi. Le BlindShell Classic 2 en est un bon exemple : c’est une excellente béquille pour commencer, et pour continuer à s’informer pendant qu’on apprend. Son seul défaut, il faut le dire, c’est qu’il affiche votre handicap : le design est daté, l’objet est lourd, et le sortir de sa poche ne passe pas inaperçu. Alors qu’un smartphone, aujourd’hui, tout le monde en a un — et pour moi, c’est aussi un marqueur d’inclusion.
Je termine par un remerciement sincère, même s’il est lucide. Merci aux entreprises qui rendent leurs outils accessibles. Ne nous mentons pas : Apple, Google ou Xiaomi ne le font pas par altruisme, elles le font parce qu’un produit utilisable par tous se vend à tous. Mais peu importe la motivation. Le résultat, lui, change nos vies.
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Durée : 00:07:54 • Taille : 18.1 Mo
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