Comment on obtient un chien guide : deux ans d'attente, et pourquoi ce n'est pas un outil
Races, familles d’accueil, certificat d’aptitude, commission, liste d’attente : le vrai parcours — et les inconvénients que j’assume, poils et crottes comprises
Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je poursuis sur les aides au déplacement. Après la canne blanche, le chien guide — qui est bien davantage qu’une aide. Je vous raconte tout le parcours, de la naissance du chiot jusqu’au jour où il arrive chez vous.
D’abord, tous les chiens ne peuvent pas devenir chiens guides. Une petite dizaine de races reviennent : le labrador, le golden retriever, les croisements des deux — c’est le cas de mon chien —, le flat-coated retriever, et côté chiens de berger l’allemand et le blanc suisse. Et pour les personnes à la fois déficientes visuelles et allergiques au poil, il existe des solutions hypoallergéniques comme le labradoodle ou le caniche royal.
Ensuite vient l’éducation, et elle est longue. Le chiot passe d’abord par une famille d’accueil, où on lui apprend, avec un peu d’humour, à être le meilleur chien de compagnie possible : être propre, ne pas monter sur le canapé, ne pas manger le chat. Puis il entre en éducation vers dix à douze mois, pour six à dix mois de travail : droite, gauche, devant, s’arrêter, repérer les obstacles. Le plus difficile, à mon sens, ce sont les obstacles en hauteur — un panneau à un mètre soixante-dix, le chien passe dessous, moi pas, et il doit le comprendre. Et ce n’est pas fini : il lui reste à obtenir son certificat d’aptitude au guidage, ce que j’appelle volontiers le master du chien guide. Au total, un chien est remis entre dix-huit mois et deux ans.
Puis je parle de la demande, et je commence par la vraie question, celle qu’on saute trop souvent : est-ce que vous voulez un chien ? Pas un chien guide, un chien. Parce que ce n’est pas une canne blanche qu’on range dans un coin en rentrant. Moi-même, en recevant mon premier, je me disais que ce serait un outil. Ça a tenu quatre jours. Il faut être prêt à recevoir tout ce qu’un chien donne, et prêt à se lever chaque matin pour lui, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il gèle.
La demande se fait auprès des écoles de chiens guides — la Fédération Française des Associations de Chiens guides d’aveugles recense les écoles fédérées sur son site, et il existe aussi des écoles non fédérées. L’évaluation porte sur beaucoup de choses : votre disponibilité, votre quotidien réel, votre rythme de marche. Et un point que peu de gens connaissent : un instructeur de locomotion évalue votre maîtrise de la canne blanche. Si vous ne savez pas vous déplacer en autonomie ni analyser un carrefour, vous n’aurez pas de chien guide. Pour celles et ceux qui gardent un potentiel visuel, un orthoptiste l’évalue également. Ensuite, une commission décide. Puis vient la liste d’attente : comptez environ deux ans en moyenne. Ce délai n’est pas perdu — c’est le moment de progresser à la canne.
L’appariement mérite aussi qu’on s’y arrête. L’école vous fait rencontrer plusieurs chiens, parce qu’il faut que le caractère et surtout l’allure concordent. Un chien trop rapide et vous flottez derrière lui comme un drapeau ; trop lent, et le corps se met en tension. Je défends d’ailleurs l’idée de rencontrer son chien à l’école, dans un lieu qu’il connaît : c’est lui qui doit être détendu, notre stress à nous, les humains de l’école savent le gérer.
Et ce que ça change, une fois qu’il est là ? Beaucoup moins de fatigue, d’abord. Je peux faire dix kilomètres avec mon chien sans difficulté, là où la même distance en ville, à la canne, m’épuiserait — parce qu’à la canne, c’est moi qui cherche, qui m’oriente, qui assure ma sécurité à chaque pas. Mais surtout, il y a ceci : avec une canne, on ne connaît que ce que la canne connaît, on touche l’obstacle avant de l’éviter. Mon chien, lui, anticipe les trajectoires et les contourne avant. Résultat, je retrouve une façon de me déplacer qui ressemble à celle d’une personne qui voit. Pour quelqu’un qui a vu autrefois, c’est difficile à décrire tant c’est précieux. Je lui demande de chercher les lignes du passage piéton, à droite, à gauche ou devant ; il m’y conduit et m’oriente. Je lui demande de chercher le bus, il me trouve l’arrêt.
Et je termine par les inconvénients, parce qu’il y en a et que
je préfère les dire. Sortir à moins cinq sous la pluie. Ramasser les crottes — oui, une personne non voyante ramasse très bien les crottes de son chien, il y a des techniques, et tout le monde devrait le faire, c’est simplement du vivre ensemble. Les poils partout, donc un aspirateur adapté et du ménage plus souvent. Et un détail que personne ne raconte : quand il pleut, la démarche du chien projette de l’eau, et la patte gauche de votre pantalon arrive au travail dans un état discutable. Un sur-pantalon règle le problème.
Mais franchement, tout ça, ce ne sont pas des inconvénients. C’est le prix de ce qu’il m’apporte, et il n’y a pas de comparaison.
Si le sujet vous intéresse, allez écouter le podcast Futur Chien Guide, qui est excellent — j’y ai appris beaucoup de choses.
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Durée : 00:18:57 • Taille : 43.4 Mo
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