Six points, 64 caractères et un Harry Potter de 6,5 kilos : le braille est-il dépassé ?

Épisode 9
podcast accessibilité handicap visuel braille lecture outils

Comment est construit l’alphabet braille, où on le croise encore aujourd’hui, et ce que la synthèse vocale ne remplacera jamais

Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je réponds à une question qu’on me pose souvent : à l’heure où toutes les synthèses vocales du monde nous lisent n’importe quoi à voix haute, le braille sert-il encore à quelque chose ?

Je commence par expliquer comment il fonctionne, parce que c’est plus simple qu’on ne l’imagine. Une cellule, six points, deux colonnes de trois. Soixante-quatre combinaisons possibles, et surtout une vraie logique de construction : les dix premières lettres n’utilisent que les quatre points du haut ; les dix suivantes reprennent exactement les mêmes en ajoutant un point ; les dix d’après en ajoutent deux. Une fois qu’on a saisi le principe, on ne l’oublie plus. J’explique aussi la différence entre braille intégral et braille abrégé, et pourquoi l’informatique a eu besoin de deux points supplémentaires pour atteindre les 256 caractères de la table ASCII.

Ensuite, où croise-t-on encore du braille ? Sur les boîtes de médicaments. Sur les sièges de certains trains, avec le numéro et l’indication couloir ou fenêtre — une intention louable dont je ne suis pas convaincu, parce que je ne me vois pas caresser tous les sièges d’une voiture pour trouver ma place. Et bien sûr sur les plages braille, ces barrettes de points qui montent et descendent, à connecter à un ordinateur ou un téléphone. Attention d’ailleurs à une confusion fréquente : une plage braille ne lit rien toute seule, elle affiche ce que le lecteur d’écran lui envoie, exactement comme le fait une voix de synthèse.

Je vous donne aussi le chiffre qui frappe le plus. Un roman en édition courante pèse entre 300 et 500 grammes. J’ai pesé mon premier tome de Harry Potter en braille intégral : six kilos et demi.

Et puis j’en viens au fond. Faut-il encore l’apprendre ? Si vous perdez la vue à quatre-vingt-dix ans et que ça ne vous dit rien, ne vous embêtez pas. Mais à dix, vingt, trente ou quarante ans, ma réponse est oui, sans hésiter. Parce qu’une synthèse vocale ne produit que des sons — et qu’un son ne vous dira jamais si vous devez écrire « son » ou « sont ». Je le constate sur les forums de personnes déficientes visuelles : quand on ne passe que par l’oreille, on finit par écrire en phonétique, et l’orthographe s’en va. Le braille, lui, permet de se relire.

Il y a d’autres raisons, plus personnelles. Ne pas avoir à mobiliser mes oreilles du matin au soir. Lire un livre à mon rythme plutôt qu’à celui d’un narrateur. Et, quand je développe une petite application, lire ma ligne de code au lieu de l’entendre égrener parenthèse après apostrophe.

Je suis honnête sur l’apprentissage : mémoriser le code m’a pris trois semaines. Acquérir une lecture vraiment fluide, c’est autre chose — huit ans plus tard, je travaille encore ma vitesse. Comme pour tout, c’est l’entraînement qui fait la différence.

Je termine sur une nouveauté qui prouve que le braille n’est pas une relique : depuis iOS 18, la saisie braille à l’écran de l’iPhone accepte des commandes. On peut piloter VoiceOver par combinaisons de points, au lieu des gestes de glissement à plusieurs doigts qui ne sont pas évidents pour tout le monde. Quand un constructeur de cette taille investit là-dedans, c’est bien que ça compte encore.

📩 Vos questions et retours : [email protected] ou via le formulaire sur unmirodanslaville.fr

Lecteur audio

🎙️ Écouter l'épisode

Durée : 00:13:25 • Taille : 30.7 Mo

📥 Télécharger l'épisode

Vos réactions et commentaires

Commentaires