Le sport quand on ne voit pas : ramer, c'est manger avec une cuillère de trois mètres

Épisode 11
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Ce que l’activité physique apprend au cerveau et qui resservira partout — plus un tour d’horizon des sports possibles, du tandem à l’escalade

Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je vous parle de sport. Pas pour la santé — ça, tout le monde le sait — mais pour une raison à laquelle on pense beaucoup moins : parce que l’activité physique est un formidable soutien de l’autonomie.

Mon point de départ est celui-ci. Quand on ne voit pas ou qu’on voit mal, le plus difficile n’est pas d’agir, c’est de comprendre son environnement : capter l’information, l’analyser, et arriver à s’y projeter. Or « environnement », ça veut dire aussi bien une rue qu’une interface sur un ordinateur ou un téléphone. Et les mécanismes qu’on développe pour comprendre l’un servent pour l’autre.

C’est là que le sport intervient. Il apprend à anticiper un geste — lever la main, plier le coude, baisser la tête, frapper dans un ballon. Et une fois que le cerveau sait anticiper, il anticipe aussi la prochaine étape d’un formulaire, ou celle d’une recette. Tout se ressemble davantage qu’on ne le croit, et un cerveau qui a pris l’habitude de s’adapter s’adapte plus vite ensuite. Parce que le cerveau, disons-le, est un fainéant : il adore les connexions déjà faites et rechigne à en créer de nouvelles. C’est exactement pour ça que le début d’une rééducation est si long et si dur.

Je prends l’exemple de l’aviron, mon sport. Ramer seul n’a rien de compliqué en soi — le problème, comme pour la conduite, ce n’est pas moi, c’est ce qu’il y a autour. La rivière ne prévient pas quand elle tourne, et mon club n’apprécierait sans doute pas que je fracasse un bateau tous les week-ends. Mais l’aviron m’apporte un vrai travail d’équilibre, qui me ressert quand je me déplace, et un travail de toucher : on tient ses pelles avec les doigts. Au fond, ramer n’est pas si différent d’apprendre à se servir d’une cuillère. C’est juste que la cuillère fait trois mètres.

J’insiste aussi sur ce que le sport apporte en dehors du sport : sortir de chez soi, rencontrer des gens, se déplacer vers un endroit où l’on va avec plaisir. Pour l’autonomie, c’est tout bénéfice.

Et puis je raconte les barrières qu’on m’a opposées quand je suis arrivé à mon club : le hangar à bateaux serait dangereux, avec ses portants à hauteur de tête, et l’inévitable question des escaliers. Cinq ou six ans plus tard, je n’ai eu aucun problème. Comme quoi, la limite était rarement là où on la plaçait.

Je termine par un tour d’horizon, pour celles et ceux qui cherchent. La course à pied, où il existe de nombreux groupes d’entraide — et je vous donne mon astuce personnelle, un lacet noué plutôt qu’un lien rigide, parce que la rigidité m’ôtait toute sensation de liberté. Le tandem, dont la vraie difficulté n’est pas de trouver un pilote mais d’avoir la machine : renseignez-vous auprès des fédérations et des ligues régionales, qui prêtent souvent le matériel spécifique. Le canoë en double. Le cécifoot, dont l’équipe de France est devenue championne paralympique à Paris en battant l’Argentine en finale — le premier titre de son histoire. La pétanque. Et même ce que je n’ai pas encore essayé : l’escalade me tente, parce qu’il faut de toute façon quelqu’un pour m’assurer, et cette personne peut très bien m’indiquer où aller chercher la prise suivante.

La seule vraie règle : ne pas se mettre de limites soi-même. Essayez.

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Durée : 00:11:04 • Taille : 25.3 Mo

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