Le braille : pourquoi il a fallu que je me batte pour l'apprendre à 26 ans

Épisode 15
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L’histoire de Louis Braille, la machine Perkins, les afficheurs à huit points — et un message direct aux centres de rééducation

Épisode bonus, publié un 4 janvier — la Journée mondiale du braille, choisie parce que c’est la date de naissance de Louis Braille, en 1809.

Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je retrace d’abord l’histoire. Louis Braille n’est pas né aveugle : il le devient tout petit, et entre à l’Institut royal des jeunes aveugles, l’ancêtre de l’INJA. C’était un inventeur. Il part du système de Charles Barbier, un code sur douze points conçu par un homme qui voyait — et qui, ne vivant pas le handicap, n’avait pas mesuré à quel point c’était illisible sous les doigts. Braille publie sa première version officielle en 1829, à vingt ans, puis l’enrichit pour y faire entrer les mathématiques et la musique. Six points, soixante-quatre combinaisons : c’est tout. Le bicentenaire de cette publication approche, et le code est toujours là.

Je raconte ensuite comment on écrit. La tablette et le poinçon, qu’on utilise encore aujourd’hui, imposent d’écrire à l’envers, en miroir, puisqu’on poinçonne le papier par l’arrière — la lettre A, qui se lit point 1, s’écrit point 4. Puis arrive la machine Perkins, qui règle le problème toute seule : neuf touches en tout, six pour les points, une espace, un saut de ligne, un retour arrière. Son premier prototype date de 1939, mais il a fallu attendre 1951 pour qu’elle soit commercialisée. Elle fait un bruit d’enfer, et elle est toujours vendue.

Vient enfin le braille informatique, celui des plages et des blocs-notes, ces afficheurs éphémères dont les points montent et descendent au fil de ce que le lecteur d’écran leur envoie. Là, on passe à huit points : deux ajoutés sous les points 3 et 6, ce qui donne deux colonnes de quatre et permet de coder 256 caractères sur une seule cellule — exactement la taille de la table ASCII. Concrètement, un A majuscule ne demande plus deux cellules mais une seule. En contrepartie, la cellule s’allonge et se lit moins confortablement du bout de l’index : Louis Braille avait bien calculé sa taille.

Je donne aussi les prix, parce qu’ils expliquent beaucoup de choses : comptez 4 000 à 5 000 euros pour une plage de 40 caractères, plus de 10 000 pour une de 80, et au minimum 1 000 à 1 200 euros pour une petite entrée de gamme peu confortable. Même avec une prise en charge à 75 %, il reste plus de mille euros à sortir. Tout le monde ne les a pas.

Mais l’essentiel de l’épisode est ailleurs : à quoi sert le braille, concrètement ? À l’orthographe et à la grammaire, d’abord — une synthèse vocale prononce « son » et « sont » exactement pareil, le braille non. À la relecture. À la lecture d’un livre à son propre rythme, plutôt qu’à celui d’un narrateur, et dans la même zone du cerveau que la lecture visuelle. Et surtout à l’emploi. Je prends l’exemple du développement : écouter une ligne de code à la synthèse vocale, avec toutes ses parenthèses, accolades et points-virgules énoncés un par un, c’est épuisant. En braille, on lit la ligne, et on se représente la structure. Même chose pour le droit, ou tout métier où il faut lire et écrire beaucoup.

Je termine par quelque chose de plus personnel, et de plus direct. J’avais 26 ans quand j’ai fait ma rééducation basse vision, et j’ai dû me battre pour qu’on m’apprenne le braille. Qu’on ne l’enseigne pas à une personne de 70 ans qui lisait peu, je peux l’entendre. Mais quelqu’un qui devient aveugle à 20 ou 25 ans ne devrait pas avoir à le réclamer — et tout le monde n’a pas la force de se battre à ce moment-là de sa vie. Alors ce passage s’adresse aux centres de rééducation : avec la bonne méthode et la bonne motivation, le braille s’apprend vite et se mémorise bien. Arrêtez de nous le refuser. C’est ce qui fait la différence entre rester chez soi et aller travailler.

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Durée : 00:22:00 • Taille : 50.4 Mo

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