Intelligence artificielle : elle me lit mon courrier, mais elle m'a menti sur un Lego

Épisode 16
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Lire une ordonnance en posant une question plutôt qu’en écoutant tout, et comprendre pourquoi une IA préfère inventer que dire « je ne sais pas »

Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je fais le point sur l’intelligence artificielle. Pas dans l’absolu : uniquement sous l’angle qui m’intéresse, celui de l’autonomie quand on ne voit pas. Qu’est-ce qu’elle apporte vraiment, et où est-ce qu’elle nous laisse en plan ?

Le premier gain est réel, et il n’est pas là où on croit. Lire un courrier, on savait déjà le faire : on scanne, la reconnaissance de caractères lit tout. Le problème, c’est justement qu’elle lit tout, dans un ordre qu’on n’a pas choisi. Quand je sors de chez l’ophtalmologiste à l’hôpital, mon ordonnance commence par la liste des dix professeurs du service. Il me faut plusieurs minutes avant d’atteindre l’information qui m’intéresse. Avec une IA, je photographie, j’obtiens un résumé, puis je pose ma question : combien de gouttes par jour ? Ce n’est plus de la lecture, c’est de l’interrogation. Et ça change tout en termes de temps et d’énergie.

J’en profite pour parler d’une compétence dont on ne parle jamais : prendre une photo correcte quand on ne voit pas. En tant que formateur, je constate que les personnes qui ont déjà vu s’en sortent plus facilement que les non-voyants de naissance. Ça s’apprend, et il existe des supports qui positionnent le téléphone à la bonne distance.

Ensuite je parle de ce qui ne va pas. Vous avez peut-être vu cette vidéo d’OpenAI où un homme aveugle hèle un taxi grâce à son téléphone. C’est joli, mais ça suppose de tenir un téléphone à mille euros à la main en pleine rue. Non merci. Ce qu’il me faudrait, c’est une paire de lunettes avec une caméra déportée et des micros — pas une pochette ridicule autour du cou.

Et puis il y a la limite, la vraie. Je vous raconte mon Lego. Ma sœur m’a offert un bouquet en Lego à Noël, j’ai récupéré le manuel de montage en PDF sur le site officiel, et j’ai demandé à une IA de me le traduire étape par étape : les pièces, leur nombre, leur forme, leur couleur, puis l’assemblage. Sur le papier, ça devait marcher. En pratique, elle m’a demandé de chercher des pièces qui n’existent pas. Je lui signale l’erreur, elle s’excuse, elle recommence — et au bout d’un moment elle reste bloquée sur sa réponse fausse. Parce qu’une IA qui ne sait pas fait exactement ce que font beaucoup d’êtres humains : plutôt que de dire « je ne sais pas », elle invente. On ne peut pas lui demander de faire mieux que nous, ce sont des humains qui l’ont conçue.

Cela dit, j’y crois. Si on l’entraînait correctement à décrire un montage, ce sont des milliers de personnes qui pourraient s’y mettre — et je signe tout de suite pour un Faucon Millénium en manuel audio, même avec sept mille pièces. Tout le monde galère sur les Lego, voyant ou pas. Je donne aussi un exemple très concret de ce que ça débloquerait : le jour où ma balance parlante tombe en panne, une IA capable de me dire « stop, tu es à 150 grammes » me permet de recevoir mes amis quand même.

Ce qui fonctionne déjà bien, je le dis aussi : Be My Eyes et son intégration ChatGPT, que j’utilise au quotidien et qui est bien entraînée. Perplexity, qui cite ses sources et permet donc de vérifier — ce que les autres ne font pas. Et l’aide à l’apprentissage : je me remets au développement d’applications, et l’intérêt n’est pas qu’elle code à ma place, c’est qu’elle me livre l’information toujours dans la même forme, que le site d’origine soit accessible ou pas.

Mais la conclusion reste la même : pour l’instant, on ne peut pas lui faire totalement confiance. Et tant que c’est le cas, il faut tout vérifier.

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Durée : 00:14:53 • Taille : 34.1 Mo

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