On n'est pas des super-héros : coup de gueule sur ce qu'il faut arrêter de nous dire
La canne qu’on attrape, le chien qu’on caresse, le guide à qui on parle à notre place : dix choses à arrêter, sans politiquement correct
Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je pousse un vrai coup de gueule. Pas un épisode pédagogique, pas un épisode nuancé : un épisode où je dis les choses telles qu’elles me viennent. Et pour une fois, il ne s’adresse pas aux personnes déficientes visuelles, mais à celles qui voient et qui ont du mal à comprendre ce qu’est la cécité.
Je commence par le plus important : nous ne sommes pas des super-héros. Tout ce que je fais, je l’ai travaillé pour y arriver. Si vous trouvez ça extraordinaire, c’est surtout parce que vous n’arrivez pas à vous projeter — et en nous mettant sur un piédestal, vous nous transformez en modèles alors qu’il n’y a aucun modèle à suivre. Chacun fait sa vie comme il l’entend.
J’enchaîne sur ce qui en découle directement : arrêtez de nous prendre pour des imbéciles. De nous parler comme à des enfants. De décider à notre place, ou de supposer qu’on ne peut pas décider du tout. Je ne suis ni sous tutelle ni sous curatelle, je dirige mon entreprise et je prends mes décisions, comme énormément de personnes déficientes visuelles.
Je passe ensuite en revue tout ce qui use au quotidien : les gens qui veulent prier pour nous — et la contradiction que ça implique ; ceux qui attrapent notre canne blanche pour nous « guider », alors qu’elle sert à détecter les obstacles et que ce poteau est peut-être notre point de repère ; ceux qui déconcentrent nos chiens guides pour les caresser, alors que ce chien est notre sécurité ; la comparaison avec Daredevil et le mythe de l’ouïe surdéveloppée, qui est un travail et pas un cadeau ; le braille, que la majorité des aveugles ne lit pas, tout simplement parce que la cécité arrive le plus souvent tard dans la vie ; et l’idée qu’on passerait nos journées à ne rien faire.
Deux points me tiennent particulièrement à cœur. D’abord, quand je suis accompagné et que la personne en face s’adresse à mon guide plutôt qu’à moi : j’ai un problème aux yeux, pas aux oreilles. Je donne d’ailleurs un conseil concret aux accompagnants pour éviter ça. Ensuite, cette phrase qu’on croit gentille : « on n’a pas l’impression que tu es aveugle ». Non. J’ai simplement mis en place des outils et des techniques. Et croyez-moi, il y a bien assez de choses qui me rappellent tous les jours que je suis aveugle.
Un épisode sans politiquement correct, parce qu’à force de dire les choses gentiment sans être écouté, il faut bien essayer autrement. Et le message est simple : une personne déficiente visuelle est avant tout une personne, avec des émotions, une vie, et des choses à faire.
Si vous êtes vous-même déficient visuel et que vous voulez venir témoigner de votre propre expérience, parce qu’on est loin d’être tous pareils, écrivez-moi.
📩 Vos questions et retours : [email protected] ou via le formulaire sur unmirodanslaville.fr
Lecteur audio
🎙️ Écouter l'épisode
Durée : 00:13:43 • Taille : 31.4 Mo
Commentaires