Orthoptie et basse vision : trente ans après, on m'explique enfin le chevalet
Potentiel visuel, passeport visuel, verres freinateurs : deux orthoptistes m’expliquent ce que leur métier change vraiment
Dans cet épisode d’Un Miro dans la Ville, je reçois deux orthoptistes, Eloïse Piron et Julia Bosnet, pour parler d’un métier qu’on croise sans vraiment le connaître, et surtout de ce qu’il change quand on voit mal. Une précision avant de commencer : cet entretien a été enregistré en janvier. Il est resté longtemps de côté, et j’ai fini par prendre le temps de m’y remettre. Vous entendrez donc quelques références à l’hiver, c’est normal.
Eloïse et Julia sont orthoptistes diplômées d’État. Elles ont été collaboratrices en région parisienne, avant qu’Eloïse ne s’installe près de Rennes et Julia au Kremlin-Bicêtre. Ensemble, elles ont monté Eyection, où elles éditent leurs propres supports de rééducation, dont l’Amblyomètre, une frise qui permet à un enfant de comprendre où il en est de son acuité.
On commence par les bases, parce que la profession est mal connue : l’orthoptiste intervient à tous les âges. Un dépistage possible dès neuf mois sans ordonnance, le strabisme, les troubles des apprentissages à l’école, et c’est très souvent la personne qui vous fait passer tous les examens avant de voir l’ophtalmo. Puis vient la basse vision, où le travail change de nature : on ne suit plus des règles générales, on s’adapte à cent pour cent à une personne, à son mode de vie et à ce qui lui reste de potentiel.
Ce mot-là, potentiel visuel, je le préfère de loin à « reste visuel », et Julia file une image que je trouve très juste : la rétine comme une carte dont certaines zones ne fonctionnent plus, et un travail qui consiste à réhabiliter les autres coins pour maintenir les activités qui comptent vraiment.
Et puis il y a le moment que je n’attendais pas. Je raconte ce chevalet qu’on m’avait prescrit enfant pour poser ma feuille, et que je détestais, parce que moi, fort myope, je collais la feuille sur mon nez. Aucun adulte n’acceptait ma façon de faire. Trente ans plus tard, on m’explique enfin pourquoi : éviter les douleurs de nuque qui sabotent l’attention d’un enfant en train d’apprendre à écrire. Avec cette phrase que j’aurais aimé entendre à l’époque : « moi, je conseille, je n’impose pas ».
On parle aussi du passeport visuel, cette fiche qui décrit fonctionnellement ce qu’on voit pour que l’enfant n’ait pas à l’expliquer cent fois, du parcours pour devenir orthoptiste (Parcoursup, trois ans de licence, puis un DU pour se spécialiser en basse vision), de la pénurie de professionnels au point que des établissements pour enfants sous-traitent au libéral, des écrans et de l’épidémie de myopie annoncée pour 2050, des verres freinateurs, et de mon propre décollement de rétine.
Elles terminent par deux ressources que je vous conseille vraiment de noter. L’annuaire de l’ARIBa, la société francophone de basse vision, pour trouver un professionnel réellement formé près de chez vous. Et l’AFAU, l’Association Française des Amblyopes Unilatéraux, qui propose à ses adhérents un contrat d’assurance versant un capital en cas de perte du bon œil : si vous voyez d’un seul œil, renseignez-vous, ça vaut le détour.
Un épisode pour les personnes malvoyantes qui n’ont jamais consulté d’orthoptiste, pour les parents d’enfants déficients visuels, et pour tous ceux qui se demandent à quoi sert ce professionnel qu’on croise en salle d’attente sans savoir ce qu’il fait.
Et comme je n’ai pas enregistré ma conclusion habituelle sur cet épisode-là : pensez à le partager, à le commenter et à mettre des étoiles sur votre plateforme d’écoute, ça aide vraiment à faire connaître le podcast.
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Durée : 01:01:48 • Taille : 84.9 Mo
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